Libéré de l’aide sociale par l’AVS

Oswald Sigg

 

Conformément à la loi bernoise sur l’aide sociale, toute personne qui est dans le besoin a droit à une aide. Ce droit ne protège pourtant pas quiconque en fait la de­mande d’être contrôlé par l’administration en dépit de la protection des données. C’est cette manière d’être à la merci qui peut blesser le bénéficiaire de l’aide sociale dans son intégrité personnelle.

Ruedi Tanner, électricien de formation, mécanicien sur vélo et assistant durant de longues années pour différents sculpteurs sur fer tels Bernhard Luginbühl ou Jean Tinguely. Ruedi Tanner a construit pour des artistes célèbres des œuvres en vue d’expositions, il s’est oc­cupé des installations électriques de grandes sculptures, comme par exemple le monu­mental « Cyclop » de Tinguely, créé en collaboration avec Niki de Saint-Phalle. Il a été l’homme des coulisses, qui dotait ces œuvres d’art du mouvement et qui les animait. Mais Tanner a aussi, des décennies durant, travaillé comme constructeur d’appareils industriels et artisan technique. Ainsi, il a construit pour un ami une montre avec neuf différentes complications, dont les aiguilles forment toujours une autre image durant 99 ans. Lorsque ses amis ne savaient plus comment poursuivre leurs travaux, ils se précipitaient chez lui: « Ruedi, lui, il saura comment faire», disaient-ils de lui.

Traitement irrespectueux

Mais Tanner est tombé gravement malade il y a cinq ans. Il a dû subir une dialyse (épura­tion du sang) puis une transplantation de rein qui l’a laissé partiquement dans l’incapacité de travailler. Depuis trois ans, Ruedi Tanner vie avec un rein de sa femme. Il doit prendre 12 médicaments différents, soit 30 comprimés, par jour. Comme il était sans travail en rai­son de sa maladie et qu’il a « atterri aux services sociaux » tout simplement parce qu’il n’avait plus d’argent pour vivre, on l’a traité là sans respect. Lui et sa conjointe ont dû litté­ralement se « mettre à poil » devant les services sociaux. On ne les a pas crus, on a pensé qu’ils cachaient de l’argent quelque part et demandaient quand même de l’aide. Tous deux ont ressenti ce traitement comme indigne. Comme s’il fallait être «aux anges» parce qu’on veut bien nous donner quelque chose. Naturellement, dit-il, « aux services sociaux, ils doivent bien appliquer la loi et les responsables de ce mépris à l’égard des gens qui demandent de l’aide sont ceux placés plus hauts». Les politiciens.

Travail utile

Aujourd’hui, Tanner travaille comme mécanicien dans une station de vélos à la gare prin­cipale de Berne. C’est un atelier de la Direction des affaires sociales de la ville où les chômeurs de longue durée et les personnes marginalisées sont occupées à des travaux d’entretien. Les cyclistes disposent là, outre d’un service de réparation, également de 900 places de stationnement couvertes et surveillées. Ruedi Tanner est content de son job à 40%, même s’il ne reçoit que 200 francs par mois. Il peut faire quelque chose d’utile et il est apprécié et respecté par ses collègues et son chef.

Il sera bientôt à la retraite anticipée et recevra alors l’AVS. Il s’en réjouit, il ne dépendra plus des services sociaux. Cela vous prend aux tripes, dit-on non sans raison. « Et main­tenant c’est de mes tripes, de mon rein, que je veux prendre soin.»

 

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