Héritage empoisonné

Paul Ignaz Vogel

Une femme d’un certain âge, divorcée et sans travail, hérite de ses parents la part minimale qui lui revient de droit. Elle rembourse ce qu’elle a reçu jusque-là de l’aide sociale. Elle doit aussi payer des arriérés d’impôts. L’héritage étant ainsi rapidement épuisé, elle se retrouve de nouveau à l’aide sociale.

Nathalie C. (nom d’emprunt) n’a plus perçu aucun salaire depuis quinze ans. Em­ployée à l’époque comme typographe, son licenciement s’inscrit dans une grande vague de rationalisation du travail dans la branche du graphisme qui fait disparaitre nombre de postes. Avec l’avènement de nouvelles techniques, beaucoup de profes­sions disparaissent. Certains se tournent vers les métiers de l’électronique. Malgré son apprentissage et son certificat fédéral de capacité, impossible pour Nathalie de retrouver du travail. Une fois son droit au chômage épuisé, elle bénéficie de l’aide sociale. Puis, elle touche un héritage qui lui ouvre la perspective de n’être plus une assistée, laquelle s’avère toutefois illusoire.

Déjà exclue au sein de la famille

A la disparition de son poste de travail salarié s’ajoute pour Nathalie une tragédie familiale. Après le décès de sa mère, c’est son père qui meurt, laissant à ses deux enfants un héritage. Après quelques années d’expérience professionnelle en tant qu’employé de commerce, ce dernier avait changé de métier pour s’engager dans un service de police spécial. Grâce à son savoir, il a pu gravir les échelons au sein d’une entreprise industrielle jusqu’au rang de vice-directeur. Au moment où il rédige son testament, sa fille aînée Nathalie est déjà depuis des années bénéficiaire de l’aide sociale, de sorte qu’il lui laisse uniquement le minimum légal. La jeune sœur de Nathalie, enfant chérie de ses parents, obtient également sa part due – mais aussi tout le reste de l’héritage. Nathalie ne garde pas un bon souvenir de ses parents: «Je n’ai plus aucun respect pour eux».

Remboursement des dettes et de l’aide sociale

Avec l’héritage, Nathalie a dû rembourser d’abord ses dettes. Comme aussi, et jusqu’au dernier centime, toutes les prestations de l’aide sociale qu’elle avait perçues durant des années. Puis elle retrouve enfin sa liberté, comme elle le dit : « Pendant tout le temps où j’ai reçu l’aide sociale, j’avais perdu le goût de la liberté. Une fois indépendante, j’avais même du plaisir à pouvoir payer moi-même mes factures. » Elle peut alors acheter aussi des cadeaux de Noël plus généreux, faire de dons ca­ritatifs – après avoir remplacé enfin des meubles et autres objets ménagers essen­tiels, tous à bout de souffle. Mais cet effluve de liberté s’évapore rapidement. L’héritage est consommé en trois ans à peine par les coûts de la modeste vie de Nathalie.

Retour à l’aide sociale

La santé de Nathalie aussi se fragilise. Elle a de la peine à se déplacer, souffre d’obésité. Le médecin diagnostique des troubles cardiaques qui se traduisent par des faiblesses et une fatigue chronique. Elle se retrouve ainsi en 2011 au guichet du service social de sa commune pour demander de l’aide, et là, on la déclare à 100% capable de travailler. Le jeu du Pierre noir pratiqué par les autorités sociales qui se refilent les cas difficiles a pu commencer. L’ORP explique finalement à Nathalie qu’elle n’a pas le droit de percevoir de l’argent de la caisse du chômage, et un certifi­cat médical vient attester son incapacité de travail à 100%. Elle doit ensuite céder son indépendance en signant une procuration et permettre les autorités sociales de disposer de tous ses avoirs futurs à la banque et auprès des assurances sociales. Nathalie ressent cette cession comme une mise sous tutelle complète, même si elle dispose encore librement d’un revenu mensuel. Nathalie peut conserver 4000 francs d’économies. En revanche, elle fait l’objet d’une méfiance quasi permanente: «On vous tient à l’œil», la prévient le chef du service de l’aide sociale. L’humble vie en semi-liberté continue pour Nathalie.

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