Devenir soi-même

Paul Ignaz Vogel

Une jeune femme consomme ses forces en s’engageant sans compter pour son travail dans la branche informatique. Privée d’un diplôme professionnel, elle réussit un début de carrière, mais finit par se perdre elle-même. Profond burnout et chômage en sont les conséquences. 

Zdenka Prosic (nom d‘emprunt) est née en Suisse de parents travailleurs immigrés. La famille est origi­naire d’Ex-Yougoslavie. Enfant, Zdenka passait ses vacances au­près de sa parenté au bord de la côte dalmate. „C’était chaque fois un déchirement de devoir retourner en Suisse“, se rappelle-t-elle. Notre jeune femme, curieuse de tout, vit sa scolarité comme un lieu de refuge qui lui permet d’échapper aux chamail­leries qui dominent chez elle. A l’école, elle pouvait être enfant et étrangère; le climat en Suisse était alors au beau fixe et pas encore contaminé par le racisme. Avoir deux patries, Zdenka le considère maintenant comme un enrichissement. Après l’école secondaire, elle commence un apprentissage d’électronicienne en multimédia. A cause du divorce de ses parents et des conflits permanents avec sa mère, elle a toujours plus de peine à se concentrer sur son travail.

Dans la vie professionnelle sans certificat d’aptitude

Au cours de la troisième année d’apprentissage, elle arrête sa formation, quitte le domicile pour s’installer chez son petit ami d’alors. Là, elle espère enfin avoir le temps de se retrouver et décider ce qu’elle veut faire comme métier. Dans sa famille d’origine, personne ne s’intéresse à son parcours pro­fessionnel. La situation finan­cière ne permet pas un tel luxe. Rapidement, elle trouve un poste dans la fabrique dans laquelle travaille son ami en tant que souffleur de verre. Elle s’habitue vite au rythme de travail en fabrique, mais elle sait aussi qu’elle veut aller plus loin. Dans la fabrique, ça ne tourne pas rond : différents groupes d‘immigrés parmi le personnel rivalisent entre eux pour être influents et avoir le pouvoir. Un jour, après une fête d’entreprise, une violente bagarre éclate entre un clan de portugais et la famille de l’ami de Zdenka. Ce dernier, comme les meneurs, est ensuite licenciés. La relation de couple ne survit pas longtemps à ce coup.

Ascension difficile

Puisqu’elle ne possède pas de certificat d'apprentissage, Zdenka souhaite accomplir une formation complémentaire. Elle loue ses services en tant que fille au pair dans une famille dans les environs de Paris pour apprendre le français. Elle retourne en­suite habiter chez sa mère en Suisse et trouve un tra­vail dans une grande entreprise de systèmes électroniques. Rattachée au central téléphonique, elle as­sure le service de hotline pour les clients. Elle fait tant et si bien qu'elle en arrive à traiter les cas les plus difficiles. Zdenka est motivée et engagée. Toutefois, suite à une restructuration, la direction de l’entreprise est reprise par une nouvelle cheffe qui a des nouvelles idées. Zdenka perd son poste. Après ça, elle est engagée dans une société d'infor­matique où son job consiste à repérer, dans le domaine opérationnel, des pannes de système lors du traitement des données à l’aide d’un moniteur. Lorsqu'elle est pro­mue cheffe d'équipe, elle décide de passer son CFC d’employée de commerce. Tout repose sur une base pour le moins bancale. 

Burnout et conséquences

Zdenka n'a pas écouté les symptômes de stress qui sont apparus durant son travail. C'est le burnout, et le diagnostic relève un traumatisme d'enfance non résolu. Zdenka reste prostrée à la maison, à fixer les murs à longueur de journée, passant par des états d'angoisse terribles. "Tout remonte en moi", dit-elle. Elle tombe au chômage, perçoit les indemnités d'assurance. Puis arrive en fin de droits. Aujourd'hui Zdenka vit encore avec une thérapie qu'elle finance elle-même et l'aide sociale. Les progrès qu’elle fait grâce à sa conseillère professionnelle et la thérapie sont comme un coup de chance. Pour Zdenka se pose encore la question: "Qu'est-ce que je veux vrai­ment?" Il n’est plus question de cette image façon­née qu'elle se fait d'elle-même. Elle dit: "je dois m'aider moi-même à devenir une meilleure personne". Elle retrouve le sentiment du renouveau.

Zurück


Unterstützen Sie den Mediendienst
Hälfte/Moitié mit einer Spende über PayPal:



Bitte teilen Sie unsere Artikel: