Ahmed

Hälfte / Moitié

Je suis né en Palestine en 1968. Je suis allé à l’université pendant presque 3 ans puis celle-ci a fermé. Il y avait la guerre, c’était impossible de construire une vie normale. Il y avait des checkpoints et des aires militaires partout, on ne savait jamais si on pourrait traverser. En 1997, j’ai quitté la Palestine pour la Turquie. Je ne voulais pas quitter mon pays définitivement, je voulais attendre de voir si la situation allait s’améliorer. 

J’ai cherché du travail, mais même les turcs immigraient pour en trouver. Après un an, j’ai décidé d’aller en Grèce. Fin 99, je suis parti pour Milan. On ne pouvait pas me renvoyer en Palestine, donc on m’a mis dans un camp pour étrangers en attente d’être renvoyés. En Italie, tout était différent. Je ne parlais pas un mot d’italien, je ne pouvais pas communiquer, ne connaissais pas la culture, n’avais pas de papiers. J’étais seul au monde. Les premières années, mes proches me manquaient. J’étais curieux, j’ai pris des cours d’italien. Une fois que je parlais un peu la langue, j’ai rencontré beaucoup de gens, les difficultés ont disparu avec le temps. J’ai obtenu l’asile. J’ai d’abord logé dans des centres pour réfugiés, puis j’ai trouvé un logement par moi-même. Je suis électricien, j’ai trouvé du travail dans mon domaine au bout de 8 mois. Je suis resté 13 ans en Italie. Je me sens faire partie de ce pays, j’y ai construit des relations d’amitié. A partir de 2008, je n’ai plus trouvé de travail à cause de la crise. J’ai dû partir.

J’ai choisi Genève car j’aime la diversité, le fait qu’il y ait les Nations Unies, différentes langues et cultures. Je suis arrivé un soir d’août 2012. Je ne connaissais personne ici et ne parlais pas français. Mais c’était plus facile que quand j’ai quitté la Palestine parce que j’étais bien organisé, j’avais déjà fait l’expérience d’arriver dans un pays inconnu. J’avais un peu d’argent, j’ai pu aller dormir quelques nuits à l’auberge de jeunesse. J’ai rencontré un homme qui partait pour un mois, je suis allé habiter chez lui pendant qu’il n’était pas là en échange d’un peu d’argent. J’ai ensuite rencontré dans un café une femme âgée qui avait besoin d’aide à la maison car son fils était parti quelques mois. Je suis donc allé habiter chez elle et l’aider.

Puis je me suis installé dans un foyer. J’ai passé trois mois sans travail, puis j’ai été pris en stage au Bateau Genève comme électricien. J’essaie de rester optimiste, mais je m’inquiète pour mon futur. Je n’ai pas de plans à long terme, parce que je ne sais pas ce que j’aurai comme opportunités. Pour m’intégrer, je dois travailler et trouver un endroit stable où vivre. Mais trouver un logement ici est un enfer du quotidien. J’ai également des difficultés avec l’administration, que je trouve compliquée. Pour moi, la communication est difficile ici, je n’ai pas encore construit de vraies relations d’amitié. Je pense qu’il y a une séparation entre la population genevoise et les étrangers. Les genevois sont habitués à ce qu’il y ait des étrangers, mais n’ont pas beaucoup de relations avec. Rencontrer les gens prend du temps, ils n’ont peut-être pas le temps pour ça. Je comprends que quelqu’un qui a vécu toute sa vie à Genève se demande d’abord pourquoi des étrangers viennent dans son pays. Il n’y a jamais eu la guerre à Genève, c’est difficile pour eux d’imaginer ce que vivent les gens qui ont immigré. Un autre problème est l’image des étrangers: si 1 étranger sur 100 se comporte mal, on se fera une mauvaise image. Mais c’est loin d’être la majorité! Les gens viennent ici pour de nombreuses raisons (familiales, économiques, politiques, etc.), pour vivre, travailler, avec parfois l’espoir de retourner dans leur pays par la suite. 

Je trouve que les mentalités évoluent, mais trop lentement. J’aimerais que la population et les autorités fassent un petit pas vers les personnes qui vivent dans la précarité, s’informent sur leurs réalités, leurs problèmes. Je ne parle pas d’aide, mais simplement d’interactions, de rencontres. Je pense que ce serait utile pour tout le monde, pour ouvrir un peu les esprits, pour mieux se comprendre et mieux vivre ensemble. C’est peut-être plus facile d’aller vers l’autre quand on a un endroit où dormir, une vie régulière, que quand on est dans la rue et qu’on a tout le temps dans la tête des soucis au sujet des choses essentielles pour vivre (un toit, un travail, de quoi manger). 

Texte publié dans « Carnet des vies » 2014

https://www.bateaugeneve.ch/carnet-de-vies/

 

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