Aide sociale: De nouvelles approches plutôt que des coupes

Marco Danesi

Investir dans une démarche plus individualisée pour que l’aide sociale retrouve sa nature temporaire. L’aide sociale s’éternise, se prolonge, s’étire sans fin. Des familles, des cinquantenaires en bénéficient durablement. Des jeunes adultes s’y installent dès leur 18e anniversaire.  

Dans notre pays en 2013, selon l’ Office fédéral de la statistique, 20% des cas en dépendent pendant deux à quatre ans; 10% de quatre à six ans et 15% plus de six ans. 

Le constat embarrasse. D’aucuns réclament des réductions des allocations pour stopper le phénomène. En réalité, il faut imaginer des approches originales, adaptées aux profils particuliers de ces assistés. 

Cet ultime filet contre la misère se veut temporaire, conçu pour surmonter un passage à vide ou une crise. Au fil du temps et des réformes, l’aide sociale a carrément changé d’appellation, voire de fonction. L’assistance publique d’antan a été convertie en revenu d’insertion, dans le canton de Vaud notamment.

Pourtant, malgré les intentions et les mesures déployées, une partie importante des bénéficiaires ne retrouve pas l’emploi espéré, gage d’indépendance financière et sociale. L’aide sociale demeure ainsi l’unique ressource. 

Le phénomène contribue à la hausse du nombre de personnes secourues. Les nouveaux cas sont plus nombreux que les dossiers clos. La croissance de la population fait le reste sans oublier les réformes restrictives de l’assurance-invalidité et du chômage, qui ont contribué à grossir les rangs des assistés aux dépens des cantons. 

Ces chiffres, très médiatiques et alarmistes, méritent toutefois d’être relativisés: la proportion des bénéficiaires par rapport à la population totale reste stable, autour de 3%. Dans certaines régions, celle-ci amorce même une légère décrue.

Les pourfendeurs de l’aide sociale, UDC en tête, n’en réclament pas moins coupes et diminution des prestations. Ils ciblent volontiers jeunes, étrangers ou présumés profiteurs. Trop généreuses, les allocations n’incitent pas les bénéficiaires à retrouver un travail, clament-ils, en exigeant de sanctionner ceux qui abusent ou qui font preuve de mauvaise volonté. 

Réviser les normes 

Face à l’offensive, les institutions et les collectivités publiques ont entrepris de réviser les normes de l’aide sociale. On cherche à neutraliser les effets de seuil, qui pénalisent les salariés et avantagent les assistés. On recalcule les montants alloués sans toucher au minimum vital. On multiplie les contrôles contre les fraudes. Sur le plan politique, les responsables cantonaux et les Chambres fédérales s’interrogent sur une éventuelle harmonisation des pratiques. On discute aussi de nouvelles répartitions des coûts.

Cette agitation grandissante risque cependant de ne pas améliorer le sort des bénéficiaires au long cours de l’aide sociale, qui représentent un socle quasi incompressible. Dans le pire des scénarios, avec des moyens réduits, quelques-uns finiront par recourir à des expédients plutôt que de se chercher un job. Les vies des autres – appauvris, isolés, souvent des ressortissants étrangers – deviendront encore plus précaires. 

D’autres approches sont nécessaires 

Ces cas nécessitent d’autres approches. Les instruments ordinaires de placement, les catalogues actuels des formations continues, les démarches de réintégration trop standardisées ne font pas le bonheur de ces personnes à la périphérie de la société et du marché du travail. Avant même d’espérer une réinsertion, il s’agit d’assainir leurs finances, de réhabiliter leurs comportements. Ensuite, on pourra viser des jobs «à bas seuil». Du travail non qualifié mais qui sert à retrouver un cadre, un salaire, de la motivation et, peut-être, l’espoir de quitter l’aide sociale.

Sur le terrain, les cantons et les communes n’hésitent pas à proposer des programmes innovants. 

Vaud, sous l’impulsion des ministres socialistes, offre depuis 2006 des bourses d’études remplaçant le revenu d’insertion, destinées à la formation professionnelle des jeunes entre 18 et 25 ans (Forjad). En 2014, un programme similaire a été lancé en faveur des adultes de 26 à 40 ans (Formad). 

De son côté, Lausanne, gouvernée par une majorité de gauche et où le taux de l’aide sociale s’établit à 6,8%, expérimente depuis quelques mois un projet pilote qui associe assistants sociaux et personnel des Offices régionaux de placement. La capitale vaudoise a également élaboré un plan pour les jeunes en rupture. Objectif: créer des opportunités à la mesure des plus marginalisés et même de ceux qui tentent d’échapper à leurs responsabilités. 

C’est sur la base des résultats de telles expériences que l’on pourra entamer un débat, moins idéologique, sur la meilleure façon de contenir le recours exclusif et persistant à l’aide sociale. 

Source :

Domaine Public, 16 juin 2015

http://www.domainepublic.ch/articles/27760

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