Le droit d’asile, inépuisable fonds de commerce de l’UDC

Jean-Daniel Delley

Une initiative populaire illusoire de plus comme outil de campagne en vue des élections de 2015 : Le chantier de la législation sur l’asile ne ferme pratique­ment jamais. Les révisions se succèdent à un rythme élevé, toujours dans le sens d’un durcissement. Mais rien n’y fait: les requérants persistent à frapper à nos portes. 

Pourtant les exigences de révision et de renforcement de la loi ne faiblissent pas. 

C’est que l’asile est une obsession politiquement rentable. L’UDC l’a bien compris qui laboure sans relâche ce terrain en proposant d’illusoires solutions. Elle qui ne cesse de dénoncer les faux réfugiés et leurs abus se comporte dans ce dossier comme un véritable escroc. 

Dernier épisode de ce sinistre feuilleton, les si mal nommés (en français) démocrates du centre annoncent une nouvelle initiative populaire sur le sujet. Le moment est fa­vorable puisque les conflits sur la planète alimentent durablement les flux migra­toires; et le calendrier judicieux car l’initiative focalisera l’attention jusqu’aux élections fédérales de 2015. 

Rien de neuf 

Sur le fond, rien de neuf de la part de l’UDC. En 2002 déjà, elle avait échoué de jus­tesse (50,1% de NON, 4’000 voix de différence) à exiger le renvoi des requérants en provenance d’un Etat sûr. Cette fois-ci, la possibilité de déposer une requête d’asile serait réservée aux migrants par voie aérienne, les autres ayant la possibilité de dé­poser leur demande dans les pays voisins, tous signataires des accords sur le statut de réfugié, avant d’atteindre la Suisse. 

Et voilà résolus «l’explosion du nombre de requêtes» et les abus du droit d’asile dé-non­cés par le chef du groupe parlementaire UDC. Et de plus en conformité avec l’accord de Dublin qui définit l’Etat compétent pour examiner les requêtes, à savoir celui sur le territoire duquel le requérant a déposé ou pu déposer en premier lieu sa demande.

Double escroquerie 

La proposition relève d’une double escroquerie. D’une part elle repose des données inexactes et d’autre part elle imagine une solution inapplicable et inefficace. Dans son excellente rubrique Datenblog, le  Tages-Anzeiger confronte le constat établi par l’UDC à l’appui de son projet d’initative à la réalité chiffrée. Le résultat est sans appel. On ne peut parler d’explosion. L’introduction d’une procédure accélérée pour les requérants de certains pays a eu un effet dissuasif. Mais les variations an­nuelles de la statistique dépendent avant tout de la situation internationale. Par ail­leurs l’augmentation du nombre de demandes est beaucoup plus élevée en Europe et plutôt faible en Suisse. Grâce à Dublin, la Suisse peut renvoyer plus de requérants qu’elle doit en accepter en provenance d’autres pays européens. 

Certes le système Dublin – responsabilité du premier pays d’accueil – ne fonctionne pas à satisfaction. D’une part les pays périphériques sont submergés par les candi­dats à l’asile d’Afrique et d’Asie. D’autre part, débordés, ils négligent d’enregistrer de manière systématique les requérants. Par ailleurs tous les migrants ne déposent pas une requête dans ces pays. Et tous les Etats ne renvoient pas les candidats dans le premier pays d’accueil. Dès lors comment la Suisse pourra-t-elle savoir par où a transité un requérant et donc procéder à son renvoi? 

A propos de ce projet d’initiative, la conseillère fédérale Sommaruga a parlé «d’esbroufe». Mais, plus que de frime, il s’agit bien d’escroquerie, de tentative consciente de tromper le citoyen. Pour ensuite dénoncer le laxisme des autorités fédérales et réclamer des mesures plus sévères encore. 

Tirer profit 

Une nouvelle fois, l’UDC fait mine de vouloir s’attaquer à un problème alors qu’elle ne cherche qu’à en tirer profit. En dramatisant son discours et en manipulant les faits, elle attise les peurs. Par contre cette formation, si soucieuse de la sécurité et de l’avenir du pays, se garde bien de dénoncer les dangers que représentent des ban-ques susceptibles d’entraîner l’économie nationale dans leur chute, la dépen­dance énergétique à laquelle nous condamne notre addiction aux agents fossiles, l’usage anarchique du territoire et l’exploitation inconsidéré de notre environnement naturel, la concurrence fiscal effrenée que se livrent les cantons au détriment de la solidarité confédérale notamment. 

Les vrais risques auxquels la Suisse est confrontée, l’UDC préfère les ignorer. 

Source :

http://www.domainepublic.ch/articles/26134

Domaine Public, 11 août 2014

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