La démocratie payante en Suisse

Hebdo

Hebdo a publié le 18 avril 2013 une interview avec Oswald Sigg sur le finance­ment des partis. Le parle­ment a toujours refusé d’obliger les partis à dévoiler leur financement. Pour­quoi les partis pratiquent-ils cette omerta? Propos recueillis par Catherine Bellini.

Dans l’essai que vous avez signé avec le journaliste Viktor Parma, «Die käufliche Schweiz», vous dénoncez une Suisse dans laquelle l'ar­gent joue dans les votes et les élections un rôle toujours plus grand. Le parle­ment a toujours refusé d’obliger les partis à dévoiler leur financement. Pour­quoi les partis pratiquent-ils cette omerta?

Parce qu’ils craignent de recevoir moins d’argent si les dons étaient déclarés. Tous les partis profitent du système. C’est aberrant, un acte punissable partout ailleurs en Europe: en Suisse, chacun peut donner un demi-million en cash et de manière anonyme à un parti. C’est ce qu’a révélé la NZZ am Sonntag il y a un an, en publiant des extraits de la comptabilité 2007 de l’UDC, année électorale. On a pu lire des documents signés par Christoph Blo­cher, à l’époque conseiller fédéral. D’ailleurs, le groupe d’Etats contre la cor­ruption  (GRECO) demande depuis des an­nées à la Suisse de légiférer. Mais le secret demeure.

On ne parle pas non plus de la provenance de l’argent investi dans les vota­tions et les élections. Ces secrets entravent-ils le bon fonctionnement de la démocratie?

Oui. Pourquoi les autres pays interdisent-ils le financement anonyme des par­tis? Parce qu’ils craignent la corruption des politiciens et de la démocratie. Pour pouvoir juger de la position d’un parti ou d’un objet en votation en con­naissance de cause, le citoyen doit savoir qui paie quel parti, qui soutient quel politicien, qui défend les inté­rêts de qui. Le financement anonyme et privé de la politique, c’est de la corruption à la suisse.

Le peuple ayant accepté l’initiative contre les salaires abusifs malgré les 8 mil­lions d’Economiesuisse, vous devriez être rassuré?

Non. Parce qu’on ignore combien l’initiant a investi d’argent. Cela reste son secret. Thomas Minder avait lancé son initiative en 2006 avec un tout petit co­mité, sept membres, le minimum légal. Hormis les centaines de milliers de francs qu’il a investi lui-même, son initiative a coûté aussi à tous les partis qui l’ont soutenue, mais aussi combattue.

Vous ne pouvez pas comptabiliser l’argent investi par ses opposants!

Mais si. Celui qui paie le plus ne gagne pas forcément. Ces dépenses, c’était tout de même de la réclame pour Thomas Minder, l’initiant, le seul qui était au centre de l’attention durant des années. Grâce à cet écho, il a été élu au Con­seil des Etats. Il n’était pas un petit Winkelried. Il avait des moyens privés pour payer ce combat. Dans le succès de l’initiative Minder, l’argent a aussi joué un rôle décisif.

Vous critiquez le fait que Franz Weber ait créé des fondations pour récolter des fonds. Mais si ses causes sont légitimes, en quoi un tel financement serait condam­nable?


Je n’ai pas critiqué ses fondations, mais seulement constaté que Franz Weber est devenu un industriel de l’initiative. Les deux fondations – Helvetia Nostra et la Fon­dation Franz Weber – sont des machines à récolter des fonds. Avec cet argent, il paie la récolte des signatures notamment. C’est légal, mais probléma­tique. Finale­ment, il s’agit d’un financement anonyme et direct de la politique. Quand bien même je trouve, personnellement, que les objectifs de Franz Weber sont honorables.

Qu’y a-t-il de mal à payer la récolte des signatures nécessaires à une initiative?

L’initiative populaire, c’est le noyau de la démocratie directe. Elle devrait per­mettre à chaque citoyen, à chaque petit groupe qui ne se sent pas représenté au parlement ou au Conseil fédéral d’intervenir sur la scène politique. Or le fait de se payer une initiative populaire rompt un principe fondamental: l’égalité des citoyens. Car certains peuvent payer. D’autres pas. 

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La justice sociale au XXIe siècle et le revenu de base :

Table ronde à Genève avec Philippe Van Parijs

Le 21 mai à 19h30, Uni Dufour, auditoire Jean Piaget, Rue Général-Dufour 24, Genève

Rencontre avec le plus important représentant du revenu de base au niveau mondial, Philippe Van Parijs, co-fondateur de BIEN international, professeur d'université, socio­logue, philosophe, économiste et interlocuteur de nombreux gouvernements et organi­sations supranationales.

Il sera en compagnie d'autres invités de renom, notamment la conseillère nationale Mar­tine Brunschwig Graf du parti Libéral Radical (PLR), Guy Mettan, journaliste, artiste et membre du parti Démocrate Chrétien (PDC).

(B.I.E.N.-Suisse)

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