Davantage de difficultés financières pour la population suisse

Daniel Lampart

(USS). Ces dernières années, les perdants de la répartition des revenus sont les bas et moyens revenus. Une donnée confirmée par la première actualisation du rapport de l’ Union Syndicale Suisse (USS) sur cette repartition jusqu’en 2010.

Les familles à bas revenu disposaient en 2010 d’un revenu réel disponible inférieur de 800 francs à celui de 2002. Les hauts revenus disposaient librement en revanche de 9000 francs de plus. Depuis lors, la situation financière de nombreux ménages est deve­nue alarmante. Un quart des ménages avec enfant (26 %) n’a pas assez de revenu et d’épargne pour pouvoir financer des dépenses inattendues (frais de den­tiste, entre au­tres). Le nombre des faillites personnelles annuelles est passé d’environ 4500 à 5700 du­rant ces dix dernières années.

Modification réelle du revenu d’une famille de quatre personnes de

2002 à 2010 (selon la classe de revenu)

 

Bas

Moyen

Haut

Salaire après impôts et cotisat.soc. (taux de 2002)                                                  

+2'400

+2'600

+7'900

Politique fiscale (modification taux depuis 2002)   

 -1'300   

   +500 

+4'500

dont impôts sur le revenu                                                    

+1'700

+3'200 

+6'800

Primes des caisses-maladie                                                

 -3'100 

 -2'700 

 -2'700

Coûts du logement                                                            

 -1'900 

 -2'300 

 -3'400

Revenu disponible                                                               

    -800   

   +800 

+9'000

Cette évolution de la fourchette des revenus a deux raisons : l’écart croissant des salaires et la politique fiscale appliquée par les autorités sur le dos des bas et moy­ens revenus, c’est-à-dire en faveur de la classe supérieure.

Bien que les salaires les plus élevés aient légèrement diminué entre 2008 et 2010, l’écart avec le niveau inférieur des bas et moyens revenus reste large. Ce léger tassement des hauts salaires provient sans doute de l’altération de la situation dans le secteur financier, qui a entraîné une distribution moins généreuse des bonus. Depuis 1994, ce n’est pas une situation exceptionnelle.Par le passé, lorsque la cré­ation de valeur par les banques dimin­uait, la croissance du secteur le plus élevé des salaires ralentissait par rapport à celle des bas et moyens salaires. En revanche, lorsque le secteur financier était en plein boom, les salaires ou les bonus des cadres reprenaient l’ascenseur. On voit ainsi que les bonus sont une des causes principales de l’ouverture de la fourchette des salaires. Une comparaison internationale actuelle de l’OCDE parvient à une conclusion similaire: (« La rémunération à la performance » comme cause importante de ce phénomène).Parmi les bas et moyens salaires, les salaires minimums des conventions collectives detravail ainsi que la politique salar­iale des syndicats (contre les bas salaires, entre autres) ont largement contribué à stopper le creusement de l’écart.

La politique fiscale suisse a renforcé l’inégalité sociale. Bien que la Constitution fédérale exige le respect de l’imposition en fonction de la capacité économique, les bas revenus devraient meme disposer de moins d’argent à cause de cette politique. Les hauts revenus en revanche ont vu leur charge s’alléger de sorte qu’il leur reste nettement plus d’argent qu’en 2002. Si l’imposition se faisait selon la capacité économique en Suisse, alors le graphique ci-dessus devrait indiquer une valeur positive pour les familles à bas revenu et, à l’inverse, une valeur négative pour les hauts revenus. Cela d’autant plus que l’augmentation des salaires de cette dernière catégorie suffit à elle seule pour accroître leur capacité économique.

En comparaison internationale, la redistribution sociale réalisée par l’État fonctionne par­ticulièrement mal en Suisse, comme le montre l’étude de l’OCDE10. Seule la Corée du Sud compense encore moins que la Suisse les différences de revenus.

Les moteurs principaux de cette répartition plus inégale des charges publiques sont, d’une part, le financement de l’assurance-maladie par les primes individuelles, lourdes pour les bas et moyens revenus, et, d’autre part, la baisse de l’impôt sur le revenu dont les hauts salaires ont profité.

Ladite réforme de l’imposition des entreprises II a toutefois rejeté dans l’ombre tout ce que l’on connaissait jusque-là. Lors de la votation référendaire, le Conseil fédéral a faussement informé le peuple et présenté son projet comme une réforme favorable aux PME et sans grande incidence sur les revenus fiscaux. Ce sont en réalité surtout les actionnaires dis­posant d’une fortune de plus d’un million de francs qui en ont profité. Ce cadeau fiscal coûte à lui seul environ 600 millions de francs par an à la Confédération. En avril 2011, le Conseil fédéral a promis de refermer au moins par­tiellement cette trappe fiscale pour les gros actionnaires. Plus de six mois après, il n’a toujours rien fait. Juste avant Noël, il a même dû concéder que 15 personnes de l’administration fiscale étaient occupées par le recensement des cadeaux fiscaux, au lieu de faire rentrer les impôts des riches et des en­treprises.

Un développement économique stable nécessite une situation équilibrée en matière de revenu. Des analyses ont mis en évidence que les écarts entre les revenus sont une des causes importantes des dernières crises11. Aux États-Unis, les ménages de la classe moyenne se sont endettés, par exemple pour permettre à leurs enfants de suivre une for­mation. Lorsque la crise a éclaté, cet endettement a conduit à une spi­rale dépressive. En Allemagne, gouvernement et employeurs ont imposé la retenue salariale. Les produits allemands ont été vendus à l’étranger, partiellement à crédit par le truchement de crédits allemands. Les pays d’Europe du Sud doivent épargner pendant la crise. Mais qui peut donc leur acheter leurs produits, si même les salarié(e)s allemands n’ont plus les ressources pour le faire ? En Suisse, comme nous l’avons mentionné, la consummation par habitant recule.

Daniel Lampart est Premier secrétaire et économiste en chef de l’USS

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