Le droit d’asile victime des gesticula­teurs

Jean-Daniel Delley

«En réalité le droit en vigueur serait apte à résoudre nos problèmes» affirmait Philipp Müller, le nouveau président du parti libéral-radical, lors d’un récent débat de la télé­vision alémanique consacré à la politique d’asile. Or le même député s’est distingué au Conseil national en multipliant les propositions de durcisse­ment de la législation.

La 11e révision en cours de la loi sur l’asile relève d’une gesticulation destinée à calmer l’opinion publique. Il importe d’abord aux partis bourgeois d’occuper le terrain de prédilection de l’UDC et non pas de trouver des solutions.

Que révèlent les débats parlementaires? Les invectives et les émotions ont dominé les échanges. Chacun y est allé de son anecdote pour ensuite généraliser. Le Con­seil national a rejoint le niveau du café du commerce et ne s’est pas montré digne de sa fonction. Qu’attend-on du législateur? Qu’il procède à une analyse sérieuse de la situation, qu’il adopte des mesures efficaces par rapport aux objectifs visés, des me­sures qui s’inscrivent dans l’ordre juridique et respectent notamment les valeurs prô­nées par la Constitution et les obligations du droit international. Au lieu de quoi la majorité a multiplié les tours de vis inutiles, injustes et inefficaces.

Inutile comme la limitation du regroupement familial. Dorénavant seuls les conjoints et les enfants mineurs auront le droit à ce regroupement. Or l’an passé, sur les 1700 personnes admises à ce titre, seules onze n’étaient ni conjoints ni enfants mineurs.

Inutile comme la suppression du motif de l’objection de conscience et de la déser­tion, un motif explicitement prévu par la Convention de Genève sur les réfugiés. La Suisse continuera pourtant de ne pas renvoyer les Erythréens refusant de servir dans l’armée d’un régime tyrannique et promis chez eux aux pires sévices, comme l’a af­firmé Simonetta Sommaruga.

Inutile comme la suppression de l’aide sociale pour tous les requérants. L’aide d’urgence prévue n’est pas celle, minimale – abri pour la nuit et faible allocation jour­nalière -, accordée aux requérants déboutés. Elle inclura assurance maladie, pro­grammes d’occupation et logement. Pas de quoi décourager les futurs candidats à l’asile.

Inutiles, les mesures décidées sont également injustes dans la mesure où elles font peser sur l’ensemble des requérants le discrédit que seuls méritent les délinquants et autres trafiquants se prévalant du droit d’asile.

Inefficaces enfin toutes ces mesures qui ne dissuaderont pas les requérants crai­gnant pour leur intégrité physique dans leur pays, pas plus que ceux qui fuient la mi­sère et rêvent d’un avenir meilleur.

Depuis plus de trente ans, la politique de l’asile consiste à durcir les conditions faites aux requérants, sans effet significatif. Les procédures tirent en longueur et les dys­fonctionnements de l’Office fédéral des migrations perdurent. Ni Christoph Blocher, ni Eveline Widmer-Schlumpf ne sont parvenus à redresser la barre.

Simonetta Sommaruga, en charge du dossier, a annoncé pour la fin de l’année des réformes visant à aboutir à des décisions dans un délai de quatre mois (DP 1912). Le Parlement aura alors l’occasion de montrer s’il est capable de passer de la gesti­cula­tion à l’action.

(Source: Domaine Public DP 1959, 17 juin 2012
http://www.domainepublic.ch/articles/20864?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+domainepublicrss+%28Domaine+Public%29)

 

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Bas salaires


Le problème des bas salaires en Suisse reste urgent. Près de 370 000 tra­vailleurs et travailleuses ont une activité à bas salaire, ainsi que le montrent les chiffres publiés aujourd’hui par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Et les personnes les plus concernées sont les femmes. 
 
Une grande partie des bas salaires se trouvent dans des branches où les rémuné­rations ne sont pas protégées par des dispositions de force obligatoire contenues dans des conventions collectives de travail. La plupart de ces bas salaires se trou­vent dans le commerce de détail où ils peuvent parfois même être inférieurs à 3 000 francs (commerces de chaussures p. ex.). Dans la branche des aménage­ments paysagers – où n’existe aucun salaire minimum -, beaucoup de travailleurs et travailleuses doivent encore travailler pour des salaires bien trop bas.

L’étude de l’OFS fait en outre apparaître que même les personnes au bénéfice d’un apprentissage ne sont pas protégées contre les bas salaires. Environ 10 % des salarié(e)s qui ont un apprentissage en poche touchent en effet des bas sa­laires.

Ces réalités prouvent la nécessité d’un salaire minimum légal. Personne ne doit gagner moins de 22 francs de l’heure (4 000 francs par mois). Et la totalité des rémunérations doivent être protégées par des salaires minimums obligatoires. Tels sont les buts visés par l’initiative sur les salaires minimums que l’Union syndicale suisse (USS) a déposée à la Chancellerie fédérale au printemps dernier.

(Union syndicale suisse, communiqué 20 juin 2012)

 

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