Intégration des migrants: plutôt rapide

Jacques Guyaz

(DP) Au-delà des impressions subjectives, les statistiques apportent des éléments d’information concrets. Dans notre pays, 14,9% des salariés sont dans cette situation. Ce taux est de 12,4% chez les autochtones. Il se monte à 19,9% dans la première génération d’immigrants et il tombe à 14,8% dans la seconde génération, dont le taux de pauvreté se rapproche ainsi fortement de celui de la population helvétique traditionnelle.

Le rôle de l’Office fédéral de la statistique (OFS) n’est pas d’interpréter les chiffres qu’il publie, mais de mettre à disposition des données aussi fiables et précises que possible, à charge pour les intéressés, qu’ils soient journalistes, universitaires, politiques ou simples curieux, d’en tirer analyses et commentaires. Mais l’OFS publie une véritable avalanche d’informations qu’il n’est pas toujours aisé d’assimiler. 

Il en va ainsi des données concernant, pour reprendre la terminologie de l’OFS, «l’état de l’intégration de la population issue de la migration», autrement dit l’un des sujets qui font l’objet d’une dramatisation permanente de notre vie politique. L’OFS ne propose pas moins de 68 indicateurs pour mesurer l’intégration des migrants, tout en précisant que 33 d’entre eux sont véritablement importants.

Impossible de les traiter tous, mais plusieurs d’entre eux livrent des indications significatives sur l’intégration de la deuxième génération d’immigrants. 

Prenons la part de la population qui touche des bas salaires, soit une rémunération inférieure aux deux tiers du salaire médian. Dans notre pays, 14,9% des salariés sont dans cette situation. Ce taux est de 12,4% chez les autochtones. Il se monte à 19,9% dans la première génération d’immigrants et il tombe à 14,8% dans la seconde génération, dont le taux de pauvreté se rapproche ainsi fortement de celui de la population helvétique traditionnelle. 

Niveau de formation 

Pour le chômage, l’évolution, bien que moins nette, est similaire. Le taux de chômage global se monte à 4,4% en 2013 et à 2,7% pour la population «non issue de la migration». 7,5% des migrants de la première génération sont sans emploi et le chiffre tombe à 6,1% pour la deuxième génération. Ces chiffres sont bien sûr difficiles à interpréter. Un indice toutefois: plus le niveau de formation est élevé dans la deuxième génération des migrants et plus le chômage est bas. Le chiffre n’est que de 3,6% pour les Secundos avec une formation dite «tertiaire», à savoir ayant fréquenté une haute école, contre un peu moins de 2% pour les Suisses à la formation identique. Les situations, là aussi, se rapprochent. 

Dans la maîtrise d’une des langues nationales, les résultats sont spectaculaires. Chez les migrants de la première génération, 69,1% maîtrisent l’une de nos trois langues alors que le taux est proche de 100% pour la deuxième génération. Ce résultat semble évident. Les enfants des migrants ont tous fréquenté nos écoles, mais comme le disait Talleyrand, si cela va sans dire, ça va encore mieux en le disant. 

Quitter prématurément l’école 

Une baisse très significative concerne les jeunes quittant prématurément l’école. Pour la première génération, autrement dit ceux qui sont arrivés en Suisse avec leurs parents, le taux de départ prématuré de l’école est de 17,5% contre 3,1% pour les autochtones. A la deuxième génération, il tombe à 7,9%. 

Il arrive aussi que les statistiques soient mal interprétées. Ainsi, 20 Minutes a fait récemment grand cas du fait que les noms de famille les plus répandus dans le canton de Neuchâtel étaient d’origine portugaise. Or l’indicateur spécifie que les dispositions portugaises, qui prévoient que chaque individu porte quatre noms de famille, ont été appliquées. La prévalence des Da Silva sur les Jeanneret et autres Dubois est donc à relativiser. 

Ces indicateurs montrent une intégration plutôt rapide des populations migrantes, qui ne se distinguent guère à la troisième génération des Suisses de plus longue date: helvétisation achevée. Les Albanais et autres Kosovars en sont une illustration, et non seulement dans le football. Nous commençons à voir dans les rues de nos villes des entreprises Hoxha ou Berisha. Des noms typiquement albanais font leur apparition dans les organigrammes des banques et des sociétés immobilières, pas encore au plus haut niveau bien sûr. Mais l’intégration est en marche, souterraine et continue, n’en déplaise aux grincheux et aux populistes.

(Domaine Public, 10.06.2015
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