Libre circulation : Pour un changement radical

Marco Danesi

(DP) Et si l’on voyait les choses autrement? Une utopie concrète pour prendre date. Il est temps d’abandonner la distinction entre citoyens liés à l’UE, bénéficiant de la libre circulation des personnes, et ressortissants du reste du monde, soumis à d’autres législations plus restrictives. 

Les pays européens devraient appliquer les mêmes exigences et les mêmes critères à tous les candidats à l’immigration d’où qu’ils viennent, à l’exception de ceux qui cherchent refuge et protection, même quand la réciproque n’existe pas. 

En Suisse, c’est la loi fédérale sur les étrangers qu’il faudrait abroger. Ensuite, les choses deviendraient plus compliquées. Avec le vote populaire favorable à l’initiative contre l’immigration de masse du 9 février 2014, notre pays est entré dans une phase d’incertitude. Le projet du Conseil fédéral pour l’application du texte de l’UDC évoque «contingents» et «préférence nationale», mais repose pour beaucoup sur de futures négociations avec l’UE. 

Libre circulation généralisée 

L’ouverture généralisée de la libre circulation des personnes aurait l’avantage de clarifier le dossier de l’asile qu’encombrent actuellement des migrants «économiques», qui tentent leur chance faute d’une alternative, au détriment de requérants en quête de protection, bien moins nombreux.

Cette approche aurait le mérite de combattre l’afflux des clandestins et les tragédies récurrentes aux frontières de l’Europe. Enfin, à plus long terme, elle pourrait contribuer à normaliser les courants migratoires et combler les besoins en main-d’œuvre dans les pays communautaires, Suisse comprise. 

Ce retournement de perspective, timidement évoqué également ce printemps à Bruxelles, doit cependant affronter les vents de fermeture qui soufflent, puissants, sur l’Europe et la Suisse confrontées à des vagues d’immigration qu’elles peinent à maîtriser. 

Entre 2008 et 2013, 100'000 à 150'000 personnes ont rejoint illégalement le continent depuis des Etats tiers. En 2014, ils ont été plus de 280’000 à passer la frontière extérieure de l’Union. La guerre en Syrie explique en grande partie cette augmentation. 

La forteresse Europa panique 

Face à la détermination de dizaines de milliers de migrants prêts à perdre la vie dans le Sahara ou la Méditerranée, le Vieux Continent se cabre, verrouille encore davantage ses portes tout en réduisant le budget de Frontex. En un mot, la «forteresse Europe» navigue en plein paradoxe et panique. Incapables de concevoir une politique commune, les Etats de l’Union se replient sur eux-mêmes.

Malgré les appels à l’aide de l’Italie ou de la Grèce, où débarque la majorité des requérants, malgré les propositions de répartir contingents et coûts entre tous les pays, malgré la tentative de corriger une fois encore le règlement Dublin déjà à sa troisième version, la discorde règne. 

La pression des partis hostiles aux étrangers, les craintes de larges franges des populations européennes paralysent les autorités. La fermeture finit par s’imposer. Même si elle est inefficace et chère. 

Les sans-papiers se multiplient 

Or, les durcissements ne dissuaderont pas les migrants ni les passeurs. Le problème demeure et demeurera entier. Aujourd’hui déjà, les restrictions en place en Europe à l’égard des Etats tiers ne découragent pas les départs. Ecartés du marché du travail de l’Union, les migrants économiques se mêlent aux requérants d’asile pour court-circuiter les barrages. Chaque foyer de crise dans une région pauvre aggrave la situation. Les clandestins augmentent en nombre, les sans-papiers se multiplient.

Bien entendu, et c’est un lieu commun, c’est sur place qu’il faudrait agir pour éviter l’exode. Mais en attendant un monde dans lequel chacun puisse vivre en paix et s’épanouir où qu’il soit, l’attrait des pays riches, démocratiques et sûrs ne va pas faiblir. 

C’est pourquoi l’heure est venue de réfléchir sérieusement à d’autres pistes, même si un tel point de vue est encore très minoritaire. 

La généralisation de la libre circulation des personnes à la planète entière en fait partie. Comme la régularisation sur les mêmes bases des centaines de milliers de clandestins déjà présents sur les territoires européens. 

Domaine Public, 09.07.2015

http://www.domainepublic.ch/articles/27859

 

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