Genève : un Observatoire de l'Aide Sociale et de l'Insertion, OASI

Elisabeth Di Zuzio

En 2011, à Genève, une révision de la loi sur l'aide sociale fut acceptée en votation populaire. Cette nouvelle loi changeait fondamentalement le système des prestations financières pour les chômeurs en fin de droit et introduisait de nouvelles "mesures d'insertion".

Ceux qui avaient lancé et perdu le référendum se sont alors regroupés avec la ferme volonté d'observer et de faire connaître publiquement ce qui se passait réellement pour les personnes concernées. Ils ont posé les bases. En 2011, à Genève, une révision de la Loi sur l'aide sociale fut acceptée en réellement pour les personnes directement concernées. Ils ont posé les bases d' un Observatoire de l' Aide sociale et de l'Insertion (OASI) qui dès juin 2014 s'est constitué en association avec les objectifs suivants : 

1. Examiner et documenter les effets des lois et des procédures mises en place sur les droits des personnes auxquelles elles s'appliquent et sur la qualité des prestations qui leur sont dues.

2. Favoriser le développement d’une jurisprudence et l'analyse critique des pratiques administratives en matière de droit des usagers, ainsi que l’accès à ces documents.

3. Sensibiliser les autorités et le public en révélant la réalité de la situation des chômeurs et chômeuses, ainsi que des ayants-droit à l’aide sociale et aux prestations complémentaires familiales.

4. Formuler des propositions de modifications législatives et d’améliorations des dispositifs institutionnels en place.

Les membres de l’OASI sont seize associations actives

Les membres de l'OASI sont non pas des personnes individuelles, mais des associations actives dans le canton de Genève – elles sont actuellement au nombre de seize:

- Quatre associations regroupant principalement des chômeurs et des ayants droit à l'aide sociale (ADC, ALCIP, Trialogue, ATD-Quart-Monde)
- Trois organisations sociales privées, reconnues et très actives dans le canton     (Caritas, Centre Social Protestant, Pro Infirmis Genève)
- Cinq organisations syndicales et une association professionnelles (Unia, Syndicom, SIT, CGAS, Syna. AvenirSocial)
- Trois sections cantonales de partis politiques (PS, les Verts, SolidaritéS)

L'originalité l'observatoire OASI, c'est que ses rapports sont élaborés sur la base des témoignages des personnes directement concernées. Cependant, donner la parole aux chômeurs de longue durée et aux ayants-droit à l'aide sociale ne va pas de soi : beaucoup d'entre eux n'ont pas du tout envie que leur histoire personnelle soit connue. D'autres ont peur de subir des sanctions financières ou morales s'ils apportent leur témoignage. Pour les rassurer, il s'agit donc de recueillir les données lors d'entretiens confidentiels,  avec tact et compétence professionnelle – certaines personnes se montrant par la suite reconnaissantes d'avoir pu s'exprimer.

C'est grâce à la collaboration des associations membres et des travailleurs sociaux des organisations privées et des services sociaux communaux que l'Observatoire entre en contact avec des personnes désireuses de partager leur expérience. (Rappelons qu'à Genève les services sociaux communaux ne s'occupent de l'aide sociale, qui dépend uniquement du canton, via l'Hospice Général.)

La force des rapports de l’OASI

Le nombre des personnes participant aux enquêtes de l'Observatoire reste modeste – entre 20 et 30 personnes pour chaque rapport, ce qui exclut de procéder à des analyses quantitatives. La force des rapports de l'OASI, c'est de rapporter non seulement les faits objectifs et l'analyse juridique des situations, mais aussi les réalités subjectives. Se sentir reconnu, accompagné avec bienveillance, encouragé dans ses efforts, ou au contraire méprisé, infantilisé, rejeté, cela change la vie. Cela détermine aussi dans une large mesure la possibilité de trouver sa place dans la vie sociale et si possible professionnelle – ce qu'on désigne sous le terme "insertion".  

Deux rapports d'observation ont déjà été publiés, en 2014 et 2015, et le troisième est en voie d'élaboration et paraîtra à l'automne 2016. Mais comment financer ce travail ? Une collaboration avec l'Université de Genève permet de bénéficier du travail d'étudiant-e-s préparant leur mémoire de Master. La Ville de Genève et quelques autres communes ont apporté un soutien financier. Les associations membres apportent leur contribution en argent quand elles le peuvent et offrent surtout des prestations en nature - infrastructures, compétences, et travail non rémunéré.

Pour en savoir plus, consulter les rapports et voir leurs conclusions :
www.cgas.ch/oasi/

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