Politiques sociales et réalité

Jean-Daniel Delley

Les politiques sociales n’ont pas suivi l’évolution du marché du travail et de la structure familiale. Adaptations et coordination, telles devraient être les lignes directrices d’une réforme en profondeur.

Artias (Association romande et tessinoise des institutions d’aide sociale) vient de publier un dossier fouillé sur les lacunes de la politique sociale en Suisse. A l’origine de son interrogation, la forte augmentation du nombre des bénéficiaires de l’aide sociale au cours de la dernière décennie. Or l’aide sociale constitue le dernier filet de protection lorsque les conditions pour bénéficier des prestations des assurances sociales ne sont pas ou plus réunies. Pourquoi ce filet de dernier recours est-il aujourd’hui autant sollicité?

L’étude d’Artias pointe deux évolutions principales auxquelles les assurances sociales n’ont pas su répondre: l’évolution du marché du travail d’une part, les changements dans la cellule familiale d’autre part.

Modèle de l’Etat-providence dépassé

Le modèle de l’Etat-providence s’est construit sur une référence claire, celle du salarié mâle, engagé à plein temps au bénéfice d’un contrat de durée indéterminée (CDI), avec des perspectives de mobilité sociale. Or cette référence ne reflète plus la réalité du marché du travail. Au cours de la dernière décennie, le nombre des titulaires d’un contrat de durée déterminée (CDD) inférieur à 6 mois a progressé de 33%, les CDD d’une durée comprise entre 6 mois et 3 ans de 38%, alors que les CDI n’ont augmenté que de 9%. Les travailleurs sur appel représentent 6% des actifs et le nombre des intérimaires a plus que doublé. L’emploi est devenu précaire et flexible, générateur d’insécurité. Une insécurité qui touche prioritairement les salariés peu payés.

Cette précarité affecte d’abord les foyers monoparentaux, les familles de plus de deux enfants, les jeunes adultes et la population immigrée. Plus de 25% des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté, tout comme un quart des familles nombreuses (plus de deux enfants).

Les politiques sociales n’ont pas réagi à cette montée de la précarité et de la flexibilité en renforcant la sécurité. Au contraire, les réformes de l’assurance-chômage et de l’assurance invalidité ont été conduites pour réduire les coûts et ont abouti à un transfert de responsabilité aux individus. Le deuxième pilier reste fermé à un salarié sur cinq (emplois atypiques et intermittents).

Assumer les lacunes de la sécurité sociale

L’aide sociale assume ces lacunes de la sécurité sociale: prise en charge des chômeurs de longue durée et des salariés malades sans assurance perte de gains, avances dans l’attente des décisions de l’assurance-chômage et invalidité, compléments de rentes d’invalidité. Elle intervient pour des familles qui, au bénéfice d’une légère augmentation de leur revenu, se voient privées de tout ou partie de prestations d’assurance sous conditions de ressources et se retrouvent ainsi avec un revenu disponible diminué.

Cet état des lieux va permettre à Artias de formuler des propositions de réformes. A la lecture du dossier, on comprend que ces réformes devront dépasser le cadre des seules assurances sociales et concerner aussi bien le droit du travail que les politiques d’intégration (migrants) et de formation, ainsi que l’accueil extra-familial. Le constat d’Artias pèse d’autant plus qu’il est partagé par les directeurs cantonaux de l’action sociale, l’Initiative des Villes: politique sociale et la Conférence suisse des institutions d’action sociale.

Source : Domaine public 13.07.2012 / 1961

http://www.domainepublic.ch/articles/21094

 

 

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Future loi sur la formation continue :
 
Les jalons manquants

Le Conseil fédéral vient de poser les jalons de la future loi sur la formation conti­nue. L’USS salue la volonté de mener le projet jusqu’à son terme. Hélas, les jalons posés sont lacunaires. Sans l’introduction dans la loi d’une responsabilité de l’employeur et d’un droit à la formation continue — par le biais notamment d’un congé annuel de formation — la formation continue en Suisse restera l’apanage de quelques privilégiés.

La formation continue est devenue une condition sine qua non pour s’intégrer durablement au marché du travail et participer pleinement à la société.

De récentes études ont montré que la question du temps représente pour les sala­rié(e)s un des obstacles majeurs à la réalisation d’un projet de formation. Les diffi­cultés à concilier formation, vie professionnelle, sociale et familiale sont une réalité pour la grande majorité d’entre eux, qu’ils soient des hommes ou des femmes. Le Département fédéral de l’économie et les employeurs ne cessent de nous rappeler que le personnel qualifié manque en Suisse. Au lieu de mots, nous attendons des actes. Un droit à la formation continue s’impose.

(Union syndicale suisse, 28 juin 2012)

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Une page se tourne en Europe

Des ouvriers militants de Grèce, d’Allemagne, de Belgique, du Danemark, d’Espagne, de France, de Grande-Bretagne, de Hongrie, d’Italie et de Suisse se ont réunis à Cologne (Allemagne) ce 30 juin 2012. Une déclaration a conclu la rencontre. Voilà des extraits:

Une page est en train de se tourner en Europe et nous décidons d’en être des ac­teurs conscients et organisés.

Rien ne peut justifier que la population laborieuse de nos pays en nombre de plus en plus grand, la jeunesse dans son immense majorité comme les retraités soient con­damnés plus longtemps à la misère et au désespoir pour que les fonds financiers, les banques et les actionnaires des grandes multinationales accumulent des trésors in­décents (produits de l’exploitation du travail salarié) dans les paradis fiscaux de la planète.

Il n’y a pas de tâche plus urgente que de consacrer toutes nos forces - en commun à l’échelle de l’Europe et de manière organisée - à aider la classe ouvrière à se ras­sembler dans l’unité la plus large, à surmonter les obstacles qui l’empêchent de faire converger ses forces dans toute l’Europe dans la bataille contre la ratification du traité scélérat (TSCG), la bataille pour son abrogation lorsqu’il a été ratifié, et la ba­taille contre sa mise en œuvre par le canal des plans d’austérité.

L’heure est venue de faire peser toute la force dont les travailleurs sont capables - lorsqu’ils sont unis - pour arracher l’abrogation de toutes les « réformes structurelles » du marché du travail expérimentées par Schröder en Allemagne dès 2003 et que la Troïka prétend étendre aujourd’hui à l’Espagne, à l’Italie et à la France.

L’heure est venue de se rassembler pour arracher l’abrogation de tous les traités européens qui ont (en trente ans) vidé de leur substance des industries puissantes, des agricultures efficientes et mis à mal tous les systèmes de santé et d’éducation dont nous disposions jusque là.

Malgré les embûches, malgré les obstacles et tout particulièrement ceux issus du sein du mouvement ouvrier, la force est là, elle est immense et disponible. Toutes les in­terventions qui ont été faites lors de notre rencontre de Cologne en témoignent.

Travaillons à l’aider à se rassembler, car seule la collaboration fraternelle et désinté­ressée des travailleurs de nos pays, libérés de la tutelle des exigences du capital et de ses instruments (FMI, Union européenne, BCE), est capable d’ouvrir la voie à une issue, une véritable « Union libre des peuples et des nations libres d’Europe », la vé­ritable Europe de paix et de justice.

Organisons-nous pour nous informer mutuellement des développements dans chacun de nos pays, rassemblons toutes les prises de position et initiatives allant dans le sens du combat politique que nous avons décidé de mener ensemble. Faites nous part des propositions d’actions qui vous semblent s’imposer dans cette bataille décisive.

Source :

http://entente-internationale-des-travailleurs-eit-ilc.blogspirit.com/archive/2012/07/05/allemagne-cologne.html#more

 

 

                 

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