Les choix éditoriaux de la revue REISO

Marylou Rey

«Fragilités» : ce mot pourrait qualifier les thèmes prioritaires de la revue ro­mande d’information en social et santé. A qui cette plateforme s’adresse-t-elle ? Et quel est son objectif éditorial? 

Travailler en réseau, apprendre tout au long de son parcours professionnel, se renforcer par ses propres expériences et par celles des autres : facile à dire, plus difficile dans sa pratique quotidienne ! La revue d’information sociale, plus connue en Suisse romande sous son acronyme REISO, essaie de construire des passerelles pour fa-voriser ces échanges de savoirs et de compétences. Les articles publiés sont écrits par plus de 300 auteur·e·s non rémunéré·e·s et animé·e·s par cette volonté de partage. 

Une première particularité de la revue réside dans le choix de publier des articles qui s’adressent aux professionnel·le·s. Les personnes qui bénéficient des prestations fournies par les services publics et privés ne sont pas pour autant ignorées, bien au contraire. Mais à la rédaction, ce choix a été fait pour clarifier l’angle adopté. Ainsi, lorsque les articles ou les actualités évoquent de nouvelles prestations, projets ou services sur les proches de personnalités bipolaires ou la sexualité des jeunes par exemple, elles ne cherchent pas à informer les personnes directement concernées, mais les relais professionnels qui pourront ensuite signaler ces ressources à leurs interlocuteur·trice·s. 

Les mots qui rassemblent 

A cette option prise sur le lectorat visé, il faut ajouter une autre option, disciplinaire celle-là. La revue s’est en effet fixé pour objectif de créer des liens entre la santé et le domaine social. Une évidence depuis des années en Suisse, du moins sur le plan théorique! Dans la réalité, ces passerelles sont encore fragiles. Que les articles con-cernent l’isolement des personnes âgées, les enfants turbulents ou les femmes migrantes, il faut utiliser quelques astuces pour rassembler les spécialistes du travail social et les médecins ou les infirmier·ère·s sur le même site. Les références et les méthodes de travail des deux champs diffèrent, même si ces professionnel·le·s se rencontrent dans leur pratique quotidienne autour de plusieurs notions. 

La notion de fragilité – ou de vulnérabilité - en est une, fortement symbolique de notre époque. Car les déterminants sociaux deviennent une référence obligatoire dans les démarches consacrées à la santé publique, la prévention ou la promotion santé. Quant aux interventions contre la précarisation sociale due aux bas salaires, aux handicaps, aux addictions, à l’âge ou à la migration, elles sont à leur tour at-ten­tives aux impacts sanitaires dans les parcours de vie des personnes concernées. 

Autre passerelle importante: celle à installer entre la recherche, la formation et l’action. Les collaborations entre «académie et cité», entre «recherche et action» sont largement souhaitées mais rares. Les articles des spécialistes qui adoptent ces approches sont privilégiés. Un soin particulier est mis pour favoriser le «transfert de connaissances», recommandé par les institutions qui subventionnent les recherches. Sur cet aspect, une autre option éditoriale a été prise: REISO n’est pas une «revue scientifique» ni une «revue grand public», mais une «revue spécialisée». 

Ce portrait éditorial ne peut passer sous silence la tendance lourde de notre société à confondre information et communication. A ce propos, la charte rédactionnelle précise clairement : «Les articles consacrés à un projet spécifique porté par une association ou une institution ont pour sujet le projet lui-même avec ses enjeux ainsi que ses difficultés déjà résolues et encore à surmonter. L’entité porteuse du projet est mentionnée dans l’article et présentée dans une note.» 

Les chiffres qui augmentent 

Précisons finalement que la revue a été mise en ligne en avril 2008 après la fermeture de «Repère social», publication en version papier de l’Hospice général de Genève, lui-même issu d’autres magazines antérieurs. Depuis 2010, l’audience du site est en forte progression, avec des chiffres assez spectaculaires : plus de 100'000 visites uniques mensuelles depuis l’automne dernier. Malgré ce succès, l’association REISO, à but non lucratif, reste «fragile» puisqu’elle fonctionne avec un montant annuel de CHF 120'000.- environ. Ses rentrées financières proviennent essentiellement des abonnements individuels et collectifs, tant d’institutions que d’associations, et des insertions dans les rubriques de services, en priorité les présentations de formation et les offres d’emploi. Des subventions et des dons complètent ses modestes ressources. Pour découvrir cette aventure, rendez-vous sur le site www.reiso.org

* Marylou Rey est rédactrice en chef de REISO, Lausanne

www.reiso.org

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