Rapport social 2015 : La lutte contre la pauvreté dans le canton de Berne

Philippe Perrenoud

Pauvreté et minimum vital sont des sujets sensibles. Les personnes dans le besoin souffrent de nombreuses restrictions et se retrouvent marginalisées. Certes, le système de la sécurité sociale garantit une base matérielle et un minimum de participation à la vie sociale dans les situations de détresse. 

Ultime filet de protection, l’aide sociale constitue cependant une ingérence sérieuse dans la vie de ses bénéficiaires et elle est souvent ressentie comme stigmatisante. 

Argumentation souvent émotionnel 

Oui, la pauvreté et l’assistance sont bien des sujets sensibles, comme le montrent le débat politique et la couverture médiatique de ces dossiers. Il n’est pas rare que l’argumentation soit d’ordre émotionnel. Des abus d’aide sociale isolés donnent ainsi lieu à des généralisations, et les sentiments d’injustice sont attisés, par exemple au moyen de comparaisons boiteuses entre des foyers modestes devant s’en sortir par leurs propres moyens et des familles nombreuses largement soutenues par les services sociaux. On fausse ainsi le tableau, au détriment de la majorité des personnes vivant dans des conditions précaires sans profiter du système ni mener grand train grâce aux deniers publics. 

Préjugés 

L’inégalité sociale induite par la pauvreté semble moins reconnue que celle qui découle d’autres risques sociaux tels que le chômage ou l’invalidité. Peut-être en raison de préjugés persistants présupposant une faute ou un échec des bénéficiaires. Peut-être par manque d’identification avec le risque de pauvreté: on peut s’imaginer malade, vieux ou sans emploi, mais pauvre? Il faut des données indiscutables pour que le risque de précarité soit reconnu par la société, il faut des faits solides pour fonder une discussion objective qui aboutisse à une politique de couverture du minimum vital durable. 

La pauvreté a augmenté 

C’est le but du rapport social. Depuis 2008, celui-ci met en lumière la situation économique de la population bernoise et l’évolution de la pauvreté. Etabli sur la base des données fiscales, il dresse un tableau fidèle et complet. La quatrième édition couvre la période de 2001 à 2013. Le constat est sans appel: les revenus du dixième le plus défavorisé de la population ont nettement diminué depuis 2001. En d’autres termes, la pauvreté et le risque de pauvreté ont augmenté dans le canton de Berne. 

Des résultats qui font l’effet d’une douche froide, pas seulement pour moi, qui m’étais engagé en 2008 à réduire la pauvreté de moitié dans les dix ans. Ces résultats alarmants doivent permettre de battre en brèche les conclusions hâtives tirées de cas particuliers et contribuer à un débat objectif sur la précarité et le minimum vital. Ils doivent déboucher sur des décisions sociopolitiques fondatrices. 

Couverture du minimum vital 

Je suis convaincu qu’un rapport social tel que celui-ci est indispensable, particuliè rement au moment crucial où l’adaptation des normes CSIAS à l’échelle nationale et la révision de la loi sur l’aide sociale à l’échelle bernoise sont inscrits à l’agenda politique. Il ne se contente en effet pas de faire le point de la situation, mais il propose et examine différentes mesures de lutte contre la pauvreté et concourt à optimiser le dispositif de couverture du minimum vital. 

* Rapport du Conseil-exécutif. Avant-propos de Philippe Perrenoud, directeur de la santé publique et de la prévoyance sociale du canton de Berne, novembre 2015.

*** 

Les faits : Augmentation de l’intensité de la pauvreté

Selon le quatrième rapport social, 12,6% des ménages composés de personnes en âge de travailler étaient pauvres ou menacés de pauvreté en 2013, soit 42 700 ménages comprenant 78 500 personnes. Ce taux s’élevait à 11,3% à l’époque du premier rapport social établi sur la base des données fiscales de 2006. Le nouveau rapport retrace l’évolution de 2001 à 2013. Alors que les revenus moyens à supérieurs ont légèrement progressé durant cette période, le revenu disponible des ménages les plus pauvres a reculé d’un tiers en valeur corrigée de l’inflation. Le taux des ménages pauvres ou menacés de pauvreté n’est pas le seul indicateur en hausse : l’intensité de la pauvreté a elle aussi augmenté, c’est-à-dire que l’écart entre le revenu disponible et les ressources nécessaires pour vivre au-dessus du seuil de pauvreté s’est creusé (écart de risque de pauvreté). En 2001, il se montait en moyenne à 25,2% pour un ménage d’une personne entre 36 et 40 ans ; il est passé à 34,4% douze ans plus tard.

(Du communiqué du 11 décembre 2015)

 

Voire le rapport : 

http://www.gef.be.ch/gef/fr/index/soziales/soziales/sozialbericht_2008.assetref/dam/documents/GEF/GS/fr/GRULA_Sozialbericht_2015_f.pdf

 

 

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