Comment sortir de la crise ?

Jean-Pierre Ghelfi

Même le Fonds monétaire international (FMI) se met à douter des politiques d’austérité. Il est possible, pro­bable même, que la zone euro parvienne à sur­monter les difficul­tés les plus criantes de la crise financière dans laquelle elle est engoncée depuis 2010.

Mais cela ne signifie pas encore qu’elle retrouvera rapidement un niveau de crois­sance suffisant pour réduire dans une proportion significative le ni­veau de chômage qui a pris des proportions alarmantes, surtout pour les nouvelles générations.

La faute en revient aux politiques d’austérité qui, conformes aux théories écono­miques libérales, devraient rétablir les équilibres budgétaires et rassurer les marchés financiers.

Dans ce contexte, il faut prêter attention aux propos tenus depuis quelque temps par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. A plusieurs reprises, elle s’est si­tuée plutôt du côté des personnes qui disaient que la corde de l’austérité ne devait pas être tendue à l’excès et qu’il fallait aussi se soucier de la relance de la crois­sance. Ces propos sont un peu inattendus. En effet, depuis des décennies, le FMI s’est toujours situé dans le camp de la rigueur budgétaire et de l’orthodoxie libérale.

L’explication sur l’évolution des propos de sa directrice générale tient probablement aux enseignements que le FMI tire d’une étude comparative de la manière dont six pays (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Japon, Italie, Belgique et Canada) ont abordé les crises financières au cours du 20e siècle. Ces études sont présentées au cha­pitre 3 des dernières Perspectives économiques du FMI (la traduction française n’est pas encore disponible).

De longue haleine

Le FMI examine les mesures prises par la Grande-Bretagne après la première guerre mondiale; par les Etats-Unis après la deuxième guerre mondiale; par le Japon après l’éclatement de la bulle financière et immobilière à la fin des années 1980; par l’Italie et par la Belgique pour remplir les critères leur permettant d’adopter l’euro et par le Canada pour réduire un endettement en forte croissance dans les années 1980.

Chacun de ces cas est particulier et se situe dans des contextes nationaux et inter­nationaux différents. Ils montrent tous néanmoins que les possibilités de rétablir l’équilibre budgétaire et de réduire le niveau d’endettement du pays (exprimé en pourcentage du produit national) sont des affaires de longue haleine et que l’austérité à tout prix n’est pas la solution.

Le cas le plus tragique, si l’on ose dire, est celui de la Grande-Bretagne qui ambi­tionna, au sortir de la première guerre mondiale, de rétablir la parité-or de la livre sterling au niveau qui était le sien avant 1914 et de réduire son niveau d’endettement qui représentait 130% du produit national de l’époque. Pour y parvenir, elle pratiqua une politique rigoureuse d’austérité budgétaire et la Banque centrale fixa les taux d’intérêt à 7%. Il en résulta un chômage très élevé qui déboucha sur une grève géné­rale en 1926. La parité-or de la monnaie fut certes rétablie en 1925. Mais les expor­tations stagnèrent, tout comme la croissance économique. En 1928, la production réelle n’était pas supérieure à celle de 1918. La dette publique atteignit 170% du produit national en 1930, et l’étalon-or fut définitivement abandonné en 1931. En fait, il fallut attendre jusqu’en 1990 pour que le niveau de la dette publique anglaise at­teigne la même proportion qu’avant la première guerre mondiale. On comprend, soit dit en passant, qu’un tel contexte de stupidité financière, monétaire et économique, ait stimulé les réflexions de John Maynard Keynes!

L’indispensable croissance

On peut tirer des études du FMI quelques enseignements. Le passage d’un déficit budgétaire à un surplus prend beaucoup de temps (au moins une dizaine d’années); il nécessite une politique monétaire aussi accommodante que possible et la réduc­tion de la proportion de la dette par rapport au produit national n’est pas possible sans croissance de l’économie.

Si l’on applique maintenant ces enseignements à la situation actuelle de la zone euro, on mesure l’étendue des contradictions. La politique monétaire de la Banque centrale européenne est certes devenue très accommodante, mais pour le moment pratiquement sans effet sur les pays les plus endettés qui doivent continuer de payer des taux d’intérêt très élevés. Les mesures d’austérité sont si draconiennes qu’elles se traduisent par le recul du produit national, de sorte que l’endettement, au lieu de diminuer, croît en proportion. La dégradation de la situation économique se traduit par une augmentation du chômage qui suscite des réactions populaires de plus en plus vives. Enfin, comme le note le FMI, aucune sortie de crise n’est possible sans une politique de croissance économique.

Pour l’ensemble des 17 pays membres de la zone euro, le taux de croissance ne cesse de fléchir. Le produit national de la zone a augmenté de 2,0% en 2010, de 1,4% en 2011 et a baissé de 0,4% cette année; la projection pour 2013 est un très maigre: +0,2%. Ce qui signifie que les pays les plus fragiles continueront vraisem­blablement de s’enfoncer. Les données actuelles pointent donc vers une période prolongée de stagnation ou quasi-stagnation du produit national de la zone euro. Tout ceci est évidemment assez désespérant. Mais qui, parmi ses dirigeants, pren­dra connaissance de cette étude du FMI – et en tiendra compte?

(Source : Domaine public, 20 octobre 2012

http://www.domainepublic.ch/articles/21782?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+domainepublicrss+%28Domaine+Pu­blic%29 )

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