Travail à temps partiel

Albert Tille

Toute la Suisse est au travail ou presque. La récente enquête sur la population ac­tive en 2011de l’Office fédéral de la statistique (OFS) dénombre 82,8% de personnes actives chez les 15 à 64 ans. Ce taux est nettement supérieur aux 71,2% de la moyenne européenne.

Cette vision de l’ardeur helvétique au travail doit être nuancée. Le travail à temps partiel est plus répandu en Suisse avec 33,7% des actifs contre 19,5% en moyenne dans l’Union. Mais, il est très mal réparti entre les sexes. La large majorité des femmes actives, 57,8%, le sont à temps partiel, contre 13,5% chez les hommes.

La loi sur le travail n’aborde la question que marginalement (art. 35-36). Elle se borne à donner le droit à un horaire restreint aux femmes enceintes et allaitantes, et à quelques jours d’absence à un travailleur ayant une responsabilité familiale en cas de maladie d’un enfant.

Une contrainte

Le temps partiel est donc, théoriquement, le libre choix des salariés. Mais, dans la plupart des cas, il s’agit plutôt d‘une contrainte. Elle est essentiellement familiale pour les femmes qui assurent la majeure partie des tâches ménagères et de la garde des enfants. Ce travail non rémunéré, qui se chiffre par milliers d’heures par année, est en concurrence directe avec l’activité professionnelle. La contrainte familiale freine les carrières féminines et le niveau des salaires. Le rôle de mère est déterminant. Une analyse détaillée du cas vaudois montre que la vie active des femmes est ryth­mée par la maternité. Entre 25 et 39 ans, la part des femmes au foyer augmente no­tablement, pour diminuer ensuite progressivement, à mesure que les enfants gran­dissent.

Les statistiques montrent que le cheminement des hommes est différent. Mais, s’ils ne sont que 13,5% à travailler à temps partiel, c’est aussi par contrainte. Si l’on en croit l’association alémanique Männer, 90% des hommes désirent alléger la durée de leur travail. Pour Sylvie Durrer, aujourd’hui directrice du Bureau fédéral de l’égalité, beaucoup d’hommes disent qu’ils sont intéressés par le temps partiel, mais peu l’obtiennent – quand ils osent le demander.

Bonus éducatif

Le modèle familial ne valorise pas le rôle actif de père. Les statistiques de l’OFS le prouvent. Si 82,7% des femmes vivant en couple avec enfant(s) de moins de 7 ans travaillent à temps partiel, seulement 5,9 % des hommes dans la même situation familiale restreignent la durée de leur activité professionnelle. De leur côté, les entre­prises refusent très souvent d’organiser leurs activités pour permettre le travail mas­culin à temps partiel. La réserve est plus grande dans le secteur secondaire que dans celui des services.

Pro Familia s’active pour changer les comportements des personnes et des entre­prises. Dans une récente journée d’étude, l’association a demandé la reconnais­sance d’un «temps familial». Une vie familiale enrichie par l’octroi du temps néces­saire aux tâches ménagères, éducatives et relationnelles est également favorable à l’activité professionnelle par une amélioration de la productivité du travail. Aux entre­prises, Pro Familia demande de promouvoir de nouveaux modèles de travail et de favoriser le parcours professionnel continu de leurs collaboratrices qui demandent à reprendre leur travail ou d’en augmenter la durée après leur occupation de mère. Aux politiques, l’association demande de transformer le congé maternité en congé pa­rental et de réformer le deuxième pilier de l’assurance-vieillesse en introduisant un bonus éducatif au bénéfice du parent qui a réduit son activité pour s’occuper des enfants.

Si la correction des inégalités face au temps partiel peut partiellement passer par les textes, elle doit intervenir en priorité dans les esprits et dans la gouvernance des en­treprises.

* Albert Tille est journaliste professionnel, retraité de la Télévision suisse ro­mande.

Source : Domaine public, 26 novembre 2012

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