Zurich: la ville qui aime les riches?

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L’urbanisme rose-vert au défi : Les riches adorent la ville de Zurich, mais les catégories de population moins aisées sont condamnées à la fuir, affirme le Tages-Anzeiger. Le constat mérite d’être nuancé, mais il reflète une réalité. Explication.

Pour étayer sa démonstration, le quotidien zurichois se réfère à une statistique du fisc cantonal qui révèle un fort accroissement des contribuables à revenus moyens et supérieurs. Les recettes fiscales des personnes morales ont également augmenté (sans l’aide des grandes banques). Par contre, les classes de revenus inférieurs sont restées stables et même ont légèrement diminué.

Personne ne pouvait prévoir une telle évolution lorsque l’alliance rose-verte obtint la majorité en 1994, mettant fin à des décennies de pouvoir de la droite.

Les prévisions étaient pessimistes. La ville était condamnée à dépérir avec l’exode des contribuables aisés et des entreprises menacées par un fisc vorace. N’y vivraient que des fonctionnaires, les pauvres, les cas sociaux, les chômeurs et personnes âgées (en allemand toutes les catégories de population commençant par la lettre A).

Ce scénario catastrophe ne s’est pas réalisé. Alors que la ville passait de 440’000 habitants en 1963 à 358’000 en 1997, sa démographie est depuis lors repartie à la hausse pour atteindre 410’000 habitants aujourd’hui. Et il s’agit de contribuables intéressants pour la ville. Comment expliquer ce renversement?

La nouvelle majorité rose-verte va mettre fin à une politique des partis bourgeois orientée vers le tout à la voiture, la construction de bureaux, la répression policière. Elle privilégie les transports publics, la création de zones à 30 km/h, une police de proximité et une politique foncière et immobilière s’appuyant sur les coopératives.

En un mot, une qualité de vie qui rend la ville plus attractive. Des espaces verts plutôt que du béton. Attractive pour les nombreux étrangers qui viennent travailler en Suisse, souvent avec des salaires élevés, mais aussi pour une population jeune intéressée par les avantages d’une vie urbaine qui permet de concilier plus facilement vie de famille et sociale et vie professionnelle.

La ville se dote de centres de recherche et de formation, d’hôpitaux de pointe, d’équipements culturels qui en font un centre très créatif pour les innovateurs de tout genre, tant scientifiques qu’économiques et culturels. Elle est attractive pour l’activité économique, favorable à la création d’emplois.

Zurich est une ville appréciée, recherchée, mais cela a son coût. Elle fait partie des métropoles dont le coût de la vie est l’un des plus élevés du monde. Pour le quotidien zurichois, les prix du marché de l’immobilier sont le facteur déterminant de la sélection des contribuables. Au cours de ces dernières années, ils ont augmenté de plus de 40%. Le Tagi soutient qu’il est quasi impossible d’habiter à Zurich avec un revenu inférieur à 60’000 francs.

Les pouvoirs publics peuvent-ils contrecarrer cette tendance à la hausse? Le Tages-Anzeiger ne voit qu’un moyen efficace: l’achat de terrains par la collectivité pour influencer l’offre de logements. En automne 2013, les citoyens zurichois ont voté un crédit de 80 millions de francs en faveur d’une fondation pour le logement. Mais à ce jour, celle-ci n’a pas acheté un mètre carré sur le territoire de la ville. On signalera qu’elle dispose de fonds propres de 140 millions de francs et est propriétaire de 1’522 logements.

L’analyse mériterait d’être affinée et précisée. La majorité zurichoise rose-verte s’efforce d’agir sur l’offre de logement, non seulement par l’achat de terrains mais aussi par des mesures d’aménagement et des règles de construction en faveur des logements à loyers avantageux. Et en s’appuyant sur les coopératives du logement (environ un quart du parc immobilier). Mais l’analyse a le mérite de faire émerger les ambiguïtés et les limites d’une politique urbaine soucieuse de la qualité de vie de ses habitants.

Elle doit faire réfléchir les autorités des villes comme Genève et Lausanne qui ont pris le même chemin. Lausanne qui d’ailleurs affirme clairement une stratégie du logement orientée vers toutes les catégories de contribuables.

Une politique urbaine de qualité doit impérativement s’accompagner d’une politique sociale soucieuse des intérêts et des valeurs des classes moins favorisées. A défaut, les villes se transforment en ghettos pour les riches; et surtout cela conduit à l’exclusion des classes moyennes et inférieures que les majorités rose-verte urbaines sont censées défendre.

Auteur: Michel Rey

Source: http://www.domainepublic.ch/articles/29195

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